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Les albums de Kat’ : albums jeunesse illustrés en Bretagne
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Les albums de Kat’ : albums jeunesse illustrés en Bretagne

Découvrez Katell Briend, autrice-illustratrice jeunesse à Gaël, à l’entrée de la forêt de Brocéliande, et ses albums imprimés en Bretagne.

À la rencontre de nos créateurs et producteurs locaux

Rencontre avec Katell Briend – Les albums de Kat’, autrice-illustratrice jeunesse à Gaël

À l’entrée de la forêt de Brocéliande, Katell imagine, écrit et illustre des albums jeunesse qui invitent les enfants à réfléchir, se questionner et grandir.

Installée à Gaël, en Ille-et-Vilaine, à l’entrée nord de la forêt de Brocéliande, Katell Briend crée des albums jeunesse destinés aux enfants de 2 à 10 ans.

Ancienne enseignante en maternelle et primaire, elle écrit, illustre et met en page elle-même ses ouvrages avant de les faire imprimer en Bretagne, en petits tirages et sur papier 100% recyclé. Ses histoires abordent des thèmes comme la persévérance, l’empathie, la frustration, le regard de l’autre ou encore l’effet de groupe.

Rencontre avec une autrice-illustratrice pour qui le livre est à la fois un espace d’imaginaire, de réflexion et de rencontre.

Son histoire et son parcours

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Katell, 35 ans, bretonne, installée à l’entrée nord de la forêt de Brocéliande

Depuis quand exercez-vous cette activité ?

J’exerce cette activité depuis 5 ans

Comment est née cette aventure ?

Depuis toute petite, j’adore créer et écrire. J’ai commencé à écrire des histoires en maternelle. Je dictais le texte à ma mère. Mais je bricolais et créais aussi toutes sortes de choses. A l’adolescence, j’ai commencé à écrire de la poésie, et j’ai d’ailleurs publié un recueil de poèmes à 23 ans (Les Enchanteurs, éditions Stellamaris, 2015). Je me suis orientée vers l’enseignement en maternelle et primaire, et j’ai enseigné une dizaine d’années, principalement en maternelle. C’est là que j’ai recommencé à écrire des histoires pour enfants. Il y avait des sujets que je voulais aborder avec une histoire, mais je ne trouvais pas forcément ce que je voulais. J’ai donc créé les supports dont j’avais besoin, avec pour objectif d’aider les enfants à mieux comprendre certaines choses, à réfléchir, se questionner, notamment dans la manière de vivre avec les autres et de s’épanouir. Et d’une certaine manière, leur donner des outils pour affronter la vie, outils que j’ai pu trouver, moi, plutôt à l’âge adulte, à travers certaines lectures, comme les contes pour adultes de divers pays, les écrits philosophiques anciens ou plus récents, les recherches en psychologie. Je crois beaucoup à l’aide que peuvent apporter les livres, car ils ont été d’une grande aide pour moi, et le sont toujours. Ce sont des rencontres en fait, de multiples rencontres de personnes que l’on n’aurait pas forcément croisées dans notre vie, des personnes qui vivent très loin ou ont vécu à une autre époque. Ayant donc écrit plusieurs histoires, j’ai commencé à les illustrer rapidement pour les lire à mes élèves, mais je ne m’étais jamais spécialement intéressée au dessin. J’ai donc appris. Et ça a été un bonheur de découvrir l’art d’illustrer et de me l’approprier pour trouver mon propre style, un style somme toute très varié, car j’aime beaucoup explorer les possibilités, mais avec une certaine ligne conductrice : mes illustrations sont toujours un soutien au texte, un support et un apport complémentaire. Il est important pour moi qu’elles restent simples et que la compréhension de l’image soit aisée, pour que le regard aille à l’essentiel, mais aussi qu’elles suscitent une émotion particulière.

Pourquoi avoir choisi ce métier / cette passion ?

Au final, j’ai choisi de m’engager pleinement dans ce métier parce qu’il a un sens particulier pour moi, je me sens utile, en alliant mes capacités de créativité et de pédagogie. Mais aussi parce qu’il est très varié, et regroupe tout ce que j’aime : la création de manière générale, l’écriture, l’illustration, la réflexion. Plus encore, comme je me suis lancée en auto-édition, ce qui me permet de garder une totale liberté de création, de diffusion et de conception en accord avec mes valeurs, j’effectue aussi tout le travail de mise en page, de diffusion, de communication, de lien avec l’imprimerie. Et toute cette variété et ces rencontres, c’est passionnant !

Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Le Bon et Beau du Coin ?

Je vends essentiellement sur les marchés de créateurs et les salons du livre. J’adore ce contact direct avec mes lectrices et lecteurs. Je dépose aussi dans quelques boutiques et librairies. Mais depuis quelque temps, on me demande souvent s’il est possible de commander mes ouvrages en ligne, surtout quand les gens me rencontrent lors de leurs vacances et qu’ils ne sont pas de la région. Jusque-là, il était possible simplement de les commander dans n’importe quelle librairie. Mais cela implique que les libraires me passent commande, que je leur fasse une remise de 30% (avec la loi du prix unique sur les livres, il n’y a pas d’autre moyen pour eux de se faire une marge, et leurs charges sont très lourdes), et en général, que l’on se partage les frais de port, car les librairies ne font jamais payer les frais de port à leurs clients. En effet, la plupart des maisons d’édition passent par des distributeurs communs (qui se font au passage un bénéfice sur le prix du livre), de gros distributeurs qui dominent le marché. Je n’ai pas les moyens de faire cela. J’imprime à mes frais, en Bretagne, par petits tirages. Cela me permet d’éviter le gaspillage de la grande distribution (des millions d’exemplaires stockés et invendus vont au pilon chaque année !), et de renouveler mes stocks en fonction des ventes, mais le prix à l’unité de mes ouvrages est de ce fait plus élevé. Ainsi, lorsque l’on me passe commande par le biais d’une librairie, cela n’est rentable ni pour moi ni pour la librairie, c’est presque une vente à perte. Par ailleurs, créer un site de vente en ligne a un certain coût, et je ne suis pas en accord avec les valeurs et l’éthique des grosses plateformes de vente en ligne comme Etsy. Donc, quand j’ai découvert Le Bon et Beau du Coin, plateforme locale en accord avec mes valeurs, qui prélève une commission très raisonnable de 15%, est facile d’utilisation et permet en plus de se regrouper entre artisans et artistes locaux, j’ai eu évidemment envie de rejoindre le collectif !

Son univers et son savoir-faire

Que créez-vous / produisez-vous exactement ?

Je crée des albums jeunesse pour enfants, c’est-à-dire que je les écris, je les illustre et je les mets en page avant d’envoyer mes fichiers à l’imprimerie. Je m’adresse à différentes tranches d’âge, entre 2 et 10 ans.

Qu’est-ce qui rend vos créations ou produits uniques ?

Ce qui rend mes albums uniques, c’est notamment le fait qu’ils portent sur différents thèmes, et que ces thèmes soient indiqués clairement sur chaque couverture : persévérance, empathie, cycle végétal, frustration, partage, regard de l’autre, écoute, juste mesure, effet de groupe, etc. Ce sont des thèmes plus ou moins courants dans la littérature jeunesse : parfois, ils m’ont été demandés par des parents, des éducateurs, parfois c’est moi qui ai observé des besoins chez les enfants, ou eu envie d’aborder certains thèmes, qui justement ne sont pas souvent présents dans les livres pour enfants. A la fin de chaque album, un espace d’expression invite les enfants à se questionner sur l’histoire et à faire du lien avec leur vécu. Ça, c’est novateur, car bien souvent les contes et les histoires laissent les lecteurs tirer quelque chose ou non de leur lecture, sans les inviter à le faire consciemment. Or, beaucoup de personnes voient ces lectures comme un simple divertissement. C’est une fonction de la lecture qui est très importante, je suis entièrement d’accord avec cela, mais c’est dommage de passer à côté de toute la richesse de pensées et d’expériences que peut nous apporter la lecture. Alors moi, j’invite à réfléchir, à se questionner un peu, à nuancer nos pensées, à faire preuve de subtilité. Attention, il n’y a jamais de morale définitive à la fin de mes histoires, simplement une ouverture au débat. Par ailleurs, des supports d’activités peuvent même être téléchargés gratuitement sur mon blog (www.lesalbumsdekat.com), ce qui est très pratique pour les enseignants, les professionnels de la petite enfance ou toute autre personne désireuse de prolonger la réflexion. Autre particularité de mes albums, c’est leur impression en Bretagne (à Morlaix les années précédentes, à Josselin, 56, depuis cette année), en petits tirages comme je l’expliquais précédemment, et sur papier 100% recyclé. Je sais que le papier recyclé fait parfois polémique, mais c’est important pour moi, car cela consomme vraiment beaucoup moins d’eau et laisse plus de temps aux forêts pour se régénérer. C’est un enjeu majeur aujourd’hui, même pour le milieu du livre, qui est en fait un gros consommateur et «gaspilleur» de papier. Chacun doit faire de son mieux à son niveau, dans son secteur de travail. Enfin, mes illustrations rendent aussi mes albums uniques. Les lecteurs et lectrices apprécient particulièrement leur originalité, leur sensibilité, leur aspect souvent en relief.

Travaillez-vous avec des matières ou techniques particulières ?

Quand j’illustre, je varie vraiment les outils et les supports : aquarelle, acrylique, gouache, pastel gras, encre de Chine, photographies, éléments naturels, pâte à sel, mais aussi matériaux de récupération comme des chutes de tissu, de carton, etc. Dernièrement, j’ai peint mes originaux sur du carton récupéré, et actuellement, pour le prochain album, je peins sur de la toile de chanvre. C’est passionnant de pouvoir ainsi varier les techniques et les matières ! J’aime notamment beaucoup donner du relief à mes illustrations, avec des découpages et des collages. Cela est très apprécié.

Combien de temps faut-il pour réaliser un album ?

Le temps de réalisation d’un album est variable. En moyenne, je dirais 1 an. D’ailleurs, j’essaie de sortir une nouveauté par an. Cela dépend de la longueur de l’histoire, du nombre d’illustrations à réaliser, et de la technique choisie, qui prendra plus ou moins de temps.

Y a-t-il une étape de fabrication que les gens seraient surpris de découvrir ?

J’aime beaucoup présenter les étapes de fabrication d’un livre, par exemple lors de rencontres avec des classes. En général, les enfants et adultes n’ont pas forcément réalisé que mes illustrations sont d’abord créées sur papier ou carton, puis scannées ou photographiées, selon leur volume, avant d’être intégrées à la maquette du livre, sur logiciel. Mais bien souvent, ce que les gens ignorent, c’est qu’un exemplaire doit être envoyé obligatoirement à la BNF (Bibliothèque Nationale de France), à Paris. C’est ce que l’on appelle le dépôt légal. Et plus ignorée encore, c’est l’obligation, quand on écrit pour la jeunesse, d’envoyer également deux exemplaires à la Commission de Surveillance et de Contrôle des Publications destinées à la Jeunesse, qui fait en fait partie du ministère de la justice. Et oui, cette commission veille à ce que les ouvrages jeunesse n’incitent pas à la violence, au racisme ou autres valeurs contraires à celles de la République, mais il est vraiment très rare qu’un ouvrage soit refusé.

Quelques questions à la créatrice

Votre produit préféré dans votre boutique ? Pourquoi ?

Je crois que mon ouvrage préféré est «La balance magique», le plus long, publié l’année dernière. Quand il est sorti, je l’ai gardé à portée de main plus longtemps que les autres. Je ne sais pas exactement pourquoi. Je crois que le thème, la juste mesure, est très central et important pour moi, la façon dont il est abordé est drôle, j’adore les Plus-Plus et les Moins-Moins ! Ce conte a un côté un peu plus magique et mystérieux que les autres, il se passe dans une lointaine vallée, en des temps reculés. Et puis, j’ai mis beaucoup plus de temps à l’illustrer (39 illustrations !), alors peut-être que cela a aussi créé un attachement particulier. Mais franchement, j’adore tous mes albums ! Chacun, en plus de raconter une histoire, a son histoire particulière à lui, le temps que j’y ai passé, et quelques bouts, bien sûr, de mon vécu personnel.

Le produit que vos clients adorent le plus ?

C’est difficile à dire... Il y en a pour tous les goûts. Les plus vendus ne sont pas toujours les mêmes d’une année sur l’autre. «Ce qu’en disent les autres», «Un petit cœur heureux» et «Tout un orage», sont souvent en tête de liste. Cependant, j’ai beaucoup de bons retours sur les autres aussi. La guerre des glands, notamment, a reçu un prix jeunesse en 2024, lors du salon de Lanvollon.

Celui que vous recommanderiez pour découvrir votre univers ?

Là encore, c’est difficile de répondre. Je ne recommanderais pas la même chose à un enfant de 2 ans, et à un enfant de 7 ans. «Ce qu’en disent les autres» est peut-être assez central : il aborde le thème du regard de l’autre, qui touche à peu près tout le monde, l’histoire n’est pas très longue et s’adaptera bien à différentes tranches d’âge ainsi qu’à différentes sensibilités. Et puis c’est un cadeau génial que de permettre aux enfants de commencer à réfléchir à cela quand ils sont encore jeunes, plutôt que de comprendre l’impact du regard d’autrui seulement quand on est plus âgé, et que l’on s’est déjà tellement habitué à se comparer aux autres !

Ce que vous préférez dans votre activité ?

Je crois que ce que je préfère dans mon activité, c’est le début et la fin... Je m’explique : j’adore tout particulièrement la phase de conception de l’histoire, le moment où j’imagine l’histoire, où je cherche, où je réfléchis, c’est un grand bonheur ! Et puis, j’adore également faire vivre mes livres sur les marchés et les salons, ces journées et ces rencontres sont très importantes pour moi, cela rend mon activité très vivante et m’évite d’avoir un sentiment de solitude dans mon travail !

Ce qui est le plus difficile ?

Le plus difficile, et bien... C’est difficile à dire ! Rien n’est vraiment difficile, ce qui est plutôt embêtant, c’est le stress de l’incertitude des revenus, parfois, quelques tâches administratives, des imprévus : un marché annulé, une illustration à recommencer, une publication retardée... Et au bout d’un moment, quand je travaille sur un album depuis un certain temps, j’ai hâte de le publier et de passer à un autre !

Ce qui vous rend le plus fier ?

Ce qui me rend la plus fière, ce sont les retours des lecteurs et lectrices : quand on me dit, trois jours après l’avoir acheté, «on a déjà lu l’album au moins 10 fois, il l’adore, merci beaucoup !», ou encore un an plus tard, «c’est un album qu’on lit tous les soirs !», «on l’a encore lu hier», et quand on revient prendre d’autres albums de la collection parce qu’ «elle a vraiment adoré, elle voudrait aussi celui-là», quand on me remercie pour mon travail et m’encourage à continuer, quand des professionnels m’expliquent que «c’est exactement ce qu’ils recherchent», ou qu’ «il a très bien fonctionné en classe»... Et bien franchement c’est un très grand bonheur, je me sens à ma place, utile et heureuse !

Une petite anecdote ?

Lors d’un salon du livre, je regarde distraitement le nom de l’autrice sur la table d’à côté, qui n’était pas encore arrivée : Evelyne Brisou-Pellen ! C’est une autrice de ma jeunesse, un nom que j’ai souvent vu et lu, et je me souvenais très bien de certains de ses romans. C’était assez incroyable et intimidant pour moi d’être à côté d’elle, et elle s’est révélée discrète et gentille.

« Je crois beaucoup à l’aide que peuvent apporter les livres. »

Sa marque en trois mots

Réflexion Pédagogie Douceur

Un dernier mot pour les visiteurs du Bon et Beau du Coin ?

Bienvenue, prenez le temps de découvrir ce qui est fait localement, fait main et «fait humain», avec toute sa richesse et sa diversité. Vous constaterez que vous pouvez trouver votre bonheur près de chez vous, tout en respectant le travail des uns et des autres. C’est d’autant plus agréable !