À Plougras, Emese Miskolczi Beltrame crée avec l’Atelier de Dorothée des bijoux en argile polymère et coquillages, libres, intuitifs et singuliers, nourris par son parcours d’artiste photographe et plasticienne.
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Rencontre avec Emese Miskolczi Beltrame – Atelier de Dorothée, bijoux artistiques à Plougras
Artiste photographe et plasticienne, Emese crée des bijoux en argile polymère et coquillages où se rencontrent couleurs, reliefs, intuition et spontanéité.
À Plougras, dans les Côtes-d’Armor, Emese Miskolczi Beltrame développe avec l’Atelier de Dorothée un univers de bijoux colorés et singuliers, nourri par son parcours d’artiste photographe et plasticienne.
Née en Hongrie et formée aux arts plastiques puis à la photographie à Budapest, Emese a longtemps exploré l’image, le dessin et la matière avant que la création de bijoux ne s’invite naturellement dans son parcours.
L’histoire commence par un simple kit de fabrication offert à sa fille Dorothée pour ses 6 ans. Ce jeu partagé s’est progressivement transformé en véritable terrain de création, où mère et fille continuent aujourd’hui d’expérimenter ensemble.
Son histoire et son parcours
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis artiste photographe et plasticienne. Je suis née en Hongrie, où j’ai commencé très tôt un parcours artistique. J’ai étudié les arts plastiques puis la photographie à l’École supérieure des arts décoratifs de Budapest, dans la section photographie. Après mes études, j’y ai également enseigné la photographie.
En 2002, je suis venue en France avec une bourse du gouvernement français pour poursuivre ma formation à l’École nationale supérieure de création industrielle, à Paris.
Depuis, la photographie, notamment la photographie argentique, occupe une place importante dans mon travail artistique. Je travaille également autour du dessin et des arts plastiques et je donne aujourd’hui des cours de dessin aux Ateliers de Guerlesquin.
Les bijoux sont venus plus récemment dans mon parcours, depuis un peu plus d’un an. Mais je ne les considère pas vraiment comme une activité séparée de mon travail artistique. J’y retrouve mon goût pour la composition, les formes, les couleurs, les matières et les petits accidents qui peuvent transformer une création.
Depuis quand exercez-vous cette activité ?
Je crée des bijoux depuis un peu plus d’un an. C’est une pratique récente par rapport à mon parcours artistique, mais elle s’est installée très naturellement.
Je n’avais pas décidé de me lancer dans la création de bijoux comme on décide de commencer une nouvelle activité. C’est plutôt quelque chose qui est arrivé par le jeu et qui, petit à petit, a pris de l’importance.
Comment est née cette aventure ?
Tout a commencé avec ma fille Dorothée.
Pour son anniversaire, alors qu’elle avait 6 ans, je lui ai acheté un kit pour fabriquer des bijoux. Nous avons commencé toutes les deux, simplement pour nous amuser.
Nous avons fabriqué quelques petites choses, puis nous avons eu envie d’en essayer d’autres… et finalement, nous ne nous sommes plus arrêtées !
Ce qui était au départ un moment de jeu partagé avec ma fille est devenu pour moi une véritable envie de création. J’ai commencé à expérimenter davantage, à chercher mes propres formes et mes propres associations de couleurs et de matières.
Et Dorothée n’est pas restée seulement celle par qui tout a commencé. Aujourd’hui, elle a 7 ans et elle participe toujours activement à mes créations. Elle a notamment un regard très libre sur les couleurs. Elle ose des associations auxquelles je n’aurais pas forcément pensé, sans avoir les retenues que l’on peut avoir lorsqu’on a déjà beaucoup de références ou d’habitudes.
Je lui montre souvent mes essais et elle me donne son avis. Parfois, elle choisit une couleur ou une association que je n’aurais pas osé faire, et justement, cela fonctionne très bien. J’aime beaucoup garder cette part de spontanéité dans notre travail ensemble.
Pourquoi avoir choisi ce métier / cette passion ?
Je ne suis pas certaine d’avoir choisi les bijoux. Ils sont plutôt venus naturellement dans mon univers.
Ce qui m’attire dans cette pratique est très proche de ce que je recherche depuis longtemps dans mon travail artistique : comment les formes se rencontrent, comment les couleurs dialoguent, comment un équilibre apparaît entre différents éléments.
Quand je travaille sur un bijou, je ne pars pas nécessairement avec une idée très précise de ce que je veux représenter. Je peux commencer avec une couleur, une forme, un relief ou un coquillage, puis laisser la composition se construire progressivement.
Je pense souvent à la musique. Il y a quelque chose de similaire dans ma façon de travailler : un rythme, des répétitions, des contrastes, des accords. Je cherche surtout à sentir si les éléments « fonctionnent » ensemble.
C’est une création intuitive, sans obligation de raconter une histoire ou de donner une signification à tout. Et justement, j’aime beaucoup cette liberté.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Le Bon et Beau du Coin ?
J’aime l’idée de découvrir les personnes derrière les créations et de partager une autre facette de mon travail, plus ludique, autour du plaisir de fabriquer.
Le Bon et Beau du Coin me plaît aussi pour son ancrage local. Ce n’est pas une vitrine virtuelle parmi tant d’autres : c’est un réseau bien réel, proche de chez nous, en Bretagne et en Loire-Atlantique. J’aime l’idée de pouvoir découvrir les créateurs du territoire, de faire connaître mon travail localement et de rencontrer des personnes sensibles aux créations artisanales et originales.
Son univers et son savoir-faire
Que créez-vous exactement ?
Je crée des bijoux en argile polymère, souvent associés à des coquillages.
Je réalise notamment des boucles d’oreilles, des clips, des bagues et d’autres pièces selon les idées qui apparaissent au fil de mon travail.
Les coquillages occupent une place particulière dans mes créations. J’aime leur caractère naturel, leurs formes irrégulières et leurs reliefs. Ils apportent quelque chose qui existe déjà et avec lequel je dois composer.
Qu’est-ce qui rend vos créations ou produits uniques ?
Je travaille souvent en séries, mais pas dans le sens de reproduire exactement le même objet.
Une série commence généralement par une idée, une forme ou une association de couleurs que j’ai envie d’explorer. À partir de là, je crée plusieurs variations.
Je peux garder une même famille de couleurs ou un même principe, mais chaque pièce évolue différemment. Je ne cherche donc pas à fabriquer dix fois le même bijou.
Cela me permet de conserver une part de spontanéité et de faire en sorte que chaque pièce possède sa propre personnalité.
Travaillez-vous avec des matières ou des éléments particuliers ?
La matière principale que j’utilise est l’argile polymère.
J’aime énormément sa possibilité de transformation : je peux créer des reliefs, superposer des formes, mélanger les couleurs, travailler les textures et modifier une composition au fur et à mesure.
J’utilise également des coquillages. Leur présence introduit quelque chose de très différent : je pars d'une forme naturelle que je ne peux pas complètement contrôler. Je dois l'observer, accepter sa forme et trouver comment elle peut entrer dans ma composition.
C’est justement cette rencontre entre quelque chose de naturel et quelque chose que je fabrique qui m’intéresse.
Combien de temps faut-il pour réaliser votre produit phare ?
Je ne peux pas vraiment donner un temps de fabrication précis.
Je travaille sur plusieurs bijoux en même temps et je les reprends à différents moments. Une série peut être commencée un jour, puis laissée de côté avant que je revienne dessus avec un regard différent.
Je peux modifier une forme, changer une couleur, ajouter un relief ou décider qu’un élément ne fonctionne finalement pas.
Le travail s’étale donc souvent sur plusieurs jours, mais cela ne signifie évidemment pas que je travaille plusieurs jours en continu sur la même pièce.
J’aime ce fonctionnement parce qu’il me laisse le temps de regarder mes créations autrement avant de décider qu’elles sont terminées.
Y a-t-il une étape de fabrication que les gens seraient surpris de découvrir ?
Peut-être le fait que le résultat final, qui peut sembler assez spontané, est souvent le résultat de beaucoup d’essais.
Je travaille beaucoup par intuition. Une forme peut me plaire au départ puis ne plus fonctionner lorsqu’elle est associée à une autre. Une couleur peut sembler intéressante seule mais devenir trop présente dans la composition.
Il y a donc beaucoup de petits choix et de retours en arrière.
Pour moi, la fabrication fait partie du processus artistique. Je ne cherche pas simplement à exécuter une idée que j’aurais complètement définie avant de commencer. L’idée se transforme en travaillant.

Quelques questions à la créatrice
Votre produit préféré dans votre boutique ? Pourquoi ?
Une de mes bagues avec un coquillage peint à la main.
J’aime particulièrement cette pièce parce qu’elle réunit plusieurs choses qui me plaisent : la forme naturelle du coquillage, le travail manuel, la couleur et la composition.
Le coquillage est déjà une petite sculpture en lui-même. Le fait de le peindre permet de lui donner une autre présence tout en conservant son caractère naturel.
Le produit que vos clients adorent le plus ?
Mes clips ont beaucoup de succès.
Je me suis rendu compte qu’il existe finalement assez peu de clips qui soient vraiment originaux et qui aient une véritable présence artistique. Cela m’a beaucoup amusée.
Les bijoux avec des coquillages plaisent également beaucoup. Ils attirent souvent le regard parce qu’ils associent une matière naturelle à des formes et des couleurs plus inattendues.
Celui que vous recommanderiez pour découvrir votre univers ?
Je conseillerais probablement une paire de clips ou un bijou avec coquillage.
Ce sont deux types de créations qui permettent assez rapidement de comprendre mon univers : des formes qui sortent un peu de l’ordinaire, des couleurs, des reliefs et une volonté de ne pas faire exactement ce que l’on voit partout.
Ce que vous préférez dans votre activité ?
Le côté insouciant.
C’est probablement ce qui me plaît le plus. Quand je travaille sur mes bijoux, j’ai vraiment l’impression de jouer. Je peux commencer quelque chose sans savoir exactement où cela va aller. Je peux essayer, recommencer, déplacer, changer.
Et j’aime particulièrement le fait que cette création soit encore une activité que je partage avec Dorothée. Elle participe réellement à mes recherches, notamment dans les choix de couleurs. À 7 ans, elle ose certaines associations que je n’oserais peut-être pas spontanément. Elle ne se demande pas si deux couleurs « vont ensemble » selon les règles que l’on a apprises : elle regarde simplement si elle les aime ensemble.
Je trouve cela très précieux et très stimulant.
Au fond, elle m’aide à conserver quelque chose de très important dans la création : la liberté de ne pas trop réfléchir avant d’essayer.
Ce qui est le plus difficile ?
Le plus difficile est probablement de trouver les personnes qui correspondent vraiment à mon univers.
Je ne cherche pas forcément à créer des bijoux pour tout le monde. J’aimerais rencontrer des femmes et des jeunes filles qui aiment avoir leur propre style, qui n’ont pas envie de porter exactement les mêmes choses que les autres et qui cherchent quelque chose de plus inattendu.
Je crois que mes bijoux s’adressent particulièrement à celles qui aiment les pièces qui attirent un peu le regard et qui permettent d’affirmer une personnalité.
Ce qui vous rend la plus fière ?
Ce qui me fait le plus plaisir, c’est lorsqu’une personne choisit une pièce parce qu’elle a vraiment eu un coup de cœur.
J’aime que le bijou trouve sa personne.
J’aime également beaucoup travailler sur commande. Quelqu’un peut venir avec une tenue, une couleur, une occasion particulière ou simplement une envie, et nous pouvons chercher ensemble quelque chose qui correspond.
Cette dimension de personnalisation m’intéresse énormément.
J’aimerais d’ailleurs beaucoup avoir l’occasion de travailler avec une créatrice ou un créateur de vêtements, pour imaginer des bijoux en relation avec une collection ou une silhouette.

Une petite anecdote ?
L’anecdote est finalement à l’origine de toute cette histoire.
J’avais acheté à Dorothée un kit de fabrication de bijoux pour son anniversaire, alors qu’elle avait 6 ans. Je pensais que nous allions simplement fabriquer quelques petites choses ensemble.
Mais nous avons tellement aimé que nous avons continué.
Et finalement, c’est moi qui me suis retrouvée complètement prise par le jeu !
Aujourd’hui, Dorothée a 7 ans et elle est toujours une participante active. Elle intervient notamment dans les choix de couleurs et elle a parfois des idées très audacieuses. Elle ose beaucoup plus que moi certaines associations, ce qui est assez amusant.
Je dois donc composer avec une petite collaboratrice de 7 ans qui n’a pas peur de me dire : « Et pourquoi tu ne mets pas cette couleur-là ? »… et qui a souvent raison !
« J’aime que le bijou trouve sa personne. »
Sa marque en trois mots
Libre Intuitive Singulière
Un dernier mot pour les visiteurs du Bon et Beau du Coin ?
Je dirais simplement : si vous aimez les objets qui ont une personnalité, prenez le temps de regarder.
Je ne cherche pas à fabriquer des bijoux parfaitement identiques ni à suivre une tendance précise. J’aime les formes inattendues, les couleurs, les reliefs, les coquillages et les petites différences qui font qu’une pièce devient particulière.
Mes bijoux sont nés d’un jeu avec ma fille et ont grandi à partir de ma propre démarche artistique. Ils sont à la fois très différents de mon travail photographique et pourtant profondément liés à lui par cette même recherche de composition, de matière et d’équilibre.
Et surtout, j’aime l’idée qu’un bijou puisse être une petite manière de se distinguer.
Si vous cherchez quelque chose qui ne ressemble pas exactement à ce que portent les autres, ou si vous avez une envie particulière à créer pour accompagner une tenue, je serai heureuse de chercher avec vous.